« Passenger »

« Passager ». Impression avec des encres pigmentées sur papier baryté allemand, 100% alpha cellulose, blancheur 98%, 310 g/m2, encadrement bois archivistique analogique. Tirage : 3 exemplaires par format. Format 55×65 cm (cadre bois et verre antireflet).

Texte : Huésped Del Porvenir Par Nerea Ubieto

Alejandro Maureira dit que lorsqu’il regarde la mer, même si c’est la Méditerranée, il pense que de l’autre côté se trouve sa maison. Cette pensée pleine de poésie répond au besoin d’un lien symbolique avec sa famille et sa patrie, son Chili bien-aimé. Comme c’est beau d’imaginer que c’est seulement en nageant qu’il pourrait les atteindre, il serait essoufflé.

Lorsque l’artiste quitte son pays, il entreprend un voyage, mais il ne sait pas que cela deviendra un séjour. Il ne se doute pas que son destin finira par le piéger, qu’il rencontrera l’amour de sa vie, qu’ils auront un enfant. Ce sont des événements inattendus, incontrôlés et inévitablement bienvenus. Des événements qui le conduisent à changer de cap. Au début, il ne remarque pas les effets du nouveau chemin et s’adapte naturellement à ce qui est à venir. Cependant, dès le début, il sent un changement exprimé dans l’envie de photographier. Il n’en connaît pas la raison, mais il le faut, il appuie sur le volet avec instinct, construisant une histoire sans intrigue dans laquelle tout a sa place : paysages, personnages, éléments urbains… où le mènent-ils ? Avec le temps, il se rendra compte que ces images ne tentent pas de raconter une fin, mais seulement un processus, celui de se sentir comme un invité du futur.

Celui qui quitte le lieu où il est né et a grandi pour commencer sa vie ailleurs, aura rarement à nouveau le sentiment d’appartenir à quelque part. Partout où il arrive, il est étranger, il pratique d’autres coutumes, ses racines lui manquent. Cependant, lorsqu’il rentrera dans son pays ce ne sera plus pareil, le quotidien associé aux espaces aura disparu, le lien avec son peuple n’aura plus un caractère aussi familier, il lui sera difficile de retrouver son place dans ce qui était autrefois sa maison. Pour son peuple, il sera désormais aussi un étranger. Sa condition a muté, son identité n’est plus définie par la territorialité, mais par la fugacité. C’est un étranger au sens où l’entend Simmel : ce n’est pas le voyageur qui vient aujourd’hui et repart demain, mais celui qui vient aujourd’hui et reste demain, celui qui, bien qu’il ne soit pas parti, n’a pas complètement surmonté l’intérim de arriver et partir. Il est dans une sphère spatiale déterminée, mais sa position est celle de ne pas s’y intégrer de manière essentielle.

Si nous devions nous demander quels sont les éléments qui nous aident à caractériser un lieu où nous sommes allés, nous mentionnerions sans doute les personnes, les espaces et les souvenirs que nous en gardons. Ce cocktail référentiel et émotionnel est celui présenté par Alejandro Maureira, dont le caractère de passager l’a amené à se doter de multiples imaginaires portatifs où il concentre ce qu’incarnent pour lui les villes qu’il a vécues ou visitées. D’un côté, il y a les portraits : de membres de la famille, pour la plupart photographiés en premier lieu comme un point de départ indispensable, et d’inconnus qui lui ont transmis une énergie particulière. Deuxièmement, il y a des espaces de toutes sortes : urbains, ruraux, intérieurs, extérieurs, proches de l’abstraction ou de la nature morte. Pour l’artiste, le traitement que reçoivent les paysages est le même que celui qu’il applique aux personnes. Tous deux doivent être chargés d’un potentiel singulier qui exige qu’on les photographie. Reste enfin à faire allusion aux scènes intimes qui jalonnent l’œuvre. Ce sont des moments du quotidien, chéris avec affection, qui constituent l’ancre intérieure qui articule tout le discours personnel. Sans eux, le voyage de Maureira ne serait pas complet, ce ne serait pas le sien.

Nous avons souligné au début que cette histoire n’a pas de fin car le passager continue son chemin, cependant, il faut parfois donner forme aux idées et aux pensées afin de boucler les cycles. Les événements n’acquièrent de sens que dans la mesure où ils entrent dans un ordre et une structuration que nous concevons comme narratifs car le récit est aussi la façon dont notre esprit donne sens aux événements lorsqu’ils sont présentés en séquences claires et en chaînes contingentes. [1]

C’est la raison qui a conduit Maureira à matérialiser les images dans un livre et plus tard dans cette exposition. Il avait besoin d’examiner cette période de sa vie pour passer à la suivante. Le processus a été dur, comme le personnage de Marcel dans El tiempo recobrado, il a dû préparer son livre minutieusement, avec des regroupements de forces continuels, comme une offensive, l’endurer comme une fatigue, l’accepter comme une règle, le construire comme une église, surmontez-le comme un obstacle, conquérez-le comme une amitié, suralimentez-le comme un enfant, créez-le comme un monde.[2] Le résultat du livre et de l’exposition est le livre et l’exposition.

Le résultat du livre et de l’exposition est rythmé, plein de clins d’œil et de jeux visuels. Là

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« Passager ». Impression avec des encres pigmentées sur papier baryté allemand, 100% alpha cellulose, blancheur 98%, 310 g/m2, encadrement bois archivistique analogique. Tirage : 3 exemplaires par format. Format 55×65 cm (cadre bois et verre antireflet).

Medium

Fine art

Style

Réalisme

Sujet

Nature & Végétal